Législatives au Gabon: avertissement des Gabonais au régime et à ses soutiens extérieurs!
Le peuple gabonais vient de donner une nouvelle leçon au régime en ne se déplaçant pas pour les élections législatives faussées d’avance
Bureau de vote désert -- école quartien Glass -- JP Rougou
Bureau de vote désert -- Mairie du 3 è arrondissement -- photo JP Rougou

Bureau de vote désert du lycée Mbanignath -- photo JP Rougou
Le mot d’ordre a été difficile à prendre quand on sait l’attachement des militants de la démocratie à l’élection. Il suffit de se rappeler les longues files d’attentes de l’élection présidentielle à un tour de 2009, où les Gabonais avaient l’espoir après la mort d’Omar Bongo d’en finir avec ce clan. C’était sans compter avec le soutien ostentatoire de la France de Nicolas Sarkozy.
Mais, voilà, trop c’est trop ! Ou encore, « ça suffit comme ça », pour reprendre l’intitulé du collectif crée au Gabon.
En effet, plus de quarante-quatre ans de scrutins volés dont le dernier, en septembre 2009 ! Aucune garantie n’a été donnée par le pouvoir illégitime. Il s’agissait de renforcer la sécurisation du scrutin à travers notamment la biométrie, mais le problème semble n’être plus à ce niveau :
Comment contraindre le parti-Etat à accepter les résultats d’une élection qu’il perd ?
Une démocratie est construite sur l’acceptation des règles de vie commune dont celles liées à la dévolution du pouvoir à travers les résultats des élections. Le régime refuse cette perspective. Quelles en sont les raisons ? Elles sont connues, et tiennent aux gigantesques ressources financières que le clan Bongo dépense ou thésaurise dans le monde entier, et dont il fait bénéficier à quelques responsables politiques occidentaux.
La démocratie est exigeante et comment refuser une « mallette » quand on peut quitter le pouvoir à tout moment après une élection perdue dans un pays européen. ?
Jusqu’à présent, avec l’aide de différents pouvoirs français, le régime s’est imposé contre toute une population, qu’elle soit pacifique ou qu’elle soit prête à en découdre, comme ce fut le cas en 1990 ou à Port-Gentil en 2009. La répression y fut féroce et mortelle pour les insurgés. Ban Kii Moon, informé, n’est pas intervenu.
Cette fois-ci, la population gabonaise, las des tueries et des violences gratuites d’un pouvoir liberticide, ne s’est tout simplement pas déplacée après que les démocrates gabonais soient passés dans le moindre village pour expliquer et convaincre, s’il le fallait, de l’arme politique de l’abstention.
Dans une « démocratie », un tel désaveu aurait entraîné la démission de ceux qui sont au pouvoir
La réussite est complète : de 5 à 8 % de participation et selon les résultats officiels issus du clan Bongo, « 34% ». Sur les 5 à 8 % des votants, il faut compter les mercenaires embauchés par le régime dans la garde présidentielle – dite « républicaine » par le pouvoir -- et qui se voient attribuer une carte électorale avec leur famille, les Congolais venus du temps d’Omar Bongo, une partie de la communauté libanaise qui fait des affaires avec le régime et qui, en échange, vote pour le clan et tous les dépendants de l’administration, dépendant du parti-Etat. Il y a aussi des ressortissants d’Afrique de l’Ouest, électeurs en raison de leurs liens d’affaires avec le clan.
Le Mouvement Civique du Gabon réaffirme :
- Il est possible de tenir une élection fiable dans un pays avec une aussi faible population.
- Dans ce dessein, il faut un contrôle international des élections sous l’égide des Nations Unies et de l’Union européenne.
- Il y a des conditionnalités que certains Etats doivent remplir pour avoir des relations avec l’Europe ou les Etats-Unis : droits de l’Homme, développement, élections transparentes, plutôt que de réagir au « coup par coup ».
A l’approche de l’élection présidentielle française, le soutien apporté par EELV, le Parti de Gauche aux démocrates gabonais est un choix clair qui ne peut que contribuer à mettre le régime en demeure de se dessaisir du pouvoir en raison de l’expression majoritaire de la population.
Le Parti socialiste français à travers l’expression de son secrétaire national aux relations internationales, doit aussi comprendre qu’il n’est pas seulement question de « dépasser les clivages politiques qui divisent le pays » mais bien de mettre un terme, par le simple respect des procédures électorales, au monopartisme et à l’absence d’alternance, comme en Tunisie ou en Libye, pays dont chacun s’émerveille aujourd’hui.
Les Occidentaux doivent changer leurs visions du continent africain. Il est temps que ceux admirent les peuples qui se libèrent doivent mettre des conditions aux dictatures. Nous ne souhaitons plus entendre qu’il est question de « traiter avec les Etats et non avec les régimes » selon l’expression consacrée.
Les pratiques politiques de plusieurs régimes, dont celui du Gabon mais également en RDC, nuisent à l’image de la France, quand celle-ci ne cesse d’apporter un soutien complice aux pires dictatures d’Afrique noire.
Les intérêts français au Gabon ne seraient pas menacés parce que le Gabon serait mieux géré, et que des élections libres et transparentes s’y dérouleraient.
Après ces élections, une fois de plus, l’Assemblée nationale ne sera évidemment pas représentative des Gabonais. La population gabonaise vient de montrer au régime qu’elle ne le craint pas.
Les Gabonais savent depuis longtemps que leur destin ne se joue pas qu’au Gabon ; il se joue aussi en France et en Europe.
C’est la raison pour laquelle, le Mouvement Civique du Gabon appelle les binationaux gabonais, les Africains binationaux, leurs parents et amis français, à voter et à faire voter contre ceux des candidats à l’élection présidentielle française qui ont soutenu et soutiennent les régimes non démocratiques en Afrique dont celui du Gabon !
Paris, le 23 décembre 2011.
Mengue M’Eyaa
Présidente du Conseil exécutif
Mouvement Civique du Gabon
http://mouvementciviquedugabon2009.unblog.fr
Législatives gabonaises: l’ONG Survie exige du pouvoir français qu’il prenne ses distances avec le régime!
Le Conseil exécutif du Mouvement Civique du Gabon approuve la Lettre de l’association Survie adressée au pouvoir français. Il considère qu’elle va dans le même sens que le combat qu’il mène depuis le coup d’Etat électoral du clan Bongo en septembre 2009.

Gabonais en révolte -- JP Rougou
Les néo-foccardiens actuellement au pouvoir ont démontré leur mépris des processus électoraux au Gabon
Ce même Gouvernement français empêche la démocratie au Gabon tout en pratiquant des politiques à relents xénophobes en France. Il l’a manifesté clairement lors des débats sur le droit de vote des étrangers aux élections locales il y a quelques jours.
Et pourtant, le soutien des dictatures par la France est aussi une des raisons de l’existence d’une immigration politique. Nous n’évoquerons pas les mallettes d’argent qui ont bien sûr leur rôle dans le soutien actuel de Sarkozy-Guéant-Bourgi au régime illégitime gabonais.
La lettre de Survie est un constat de blocage politique au Gabon dont le verrou est d’abord présent dans le pouvoir français actuel. Celui-ci est clairement marqué au sein de la droite gouvernementale à travers l’étouffement judiciaire des dossiers des Biens mal acquis.et l’interdiction d’alternance au Gabon.
Sauf à penser qu’une surprise inattendue serait toujours possible, seul un changement de majorité politique en 2012 autour de François Hollande, mais aussi autour des partis politiques progressistes -- PS, EELV, FDG - constituera en France un espoir de changement au Gabon et la fin d’un soutien éhonté et contre productif à une dictature équatoriale.
Le 11 décembre 2011,
Mengue M’Eyaà
Présidente du Conseil exécutif
Mouvement Civique du Gabon
http://mouvementciviquedugabon2009.unblog.fr
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» Paris, le 9 décembre 2011
Lettre ouverte à M. Alain Juppé
Ministre des Affaires Etrangères et Européennes
Objet : Lettre ouverte concernant la position de l’Etat français vis-à-vis du gouvernement gabonais
Monsieur le Ministre,
Le Gabon organise des élections législatives le 17 décembre 2011. Notre association, Survie, tient à vous alerter sur la situation qui prévaut à quelques jours de ces élections, concernant la préparation des élections et, plus largement, la situation sociale et politique.
Ali Bongo a été déclaré président suite à l’élection présidentielle de 2009, alors même que de nombreuses voix et observateurs internationaux ont souligné les fraudes massives du scrutin et l’absence de transparence des résultats. Depuis cette élection extrêmement contestée, la façon de gouverner d’Ali Bongo ne se différencie guère de la politique dictatoriale de son père. Les structures institutionnelles n’ont guère évolué et de l’Assemblée nationale au Sénat, en passant par la Cour constitutionnelle, le Conseil national de la communication et la Commission électorale autonome et permanente, le parti au pouvoir règne en maître absolu.
Depuis 2009 et plus particulièrement cette dernière année, de nombreuses personnalités de la société civile, de partis d’opposition et même du parti au pouvoir[1], dénoncent cette situation. Elles insistent, entre autres, sur le changement de constitution qui a arrogé de très nombreux pouvoirs au chef de l’Etat, et ne permet ni l’indépendance de la justice, ni le contrôle démocratique des forces militaires. Ces acteurs soulignent également le manque de transparence autour du processus électoral pour les élections législatives à venir.
Depuis sa création en février 2011, le mouvement « Ça suffit comme ça ! » qui regroupe de très nombreux acteurs des syndicats, d’ONG, des personnalités politiques ainsi que des membres des différentes confessions, réclame la démocratie et dénonce des institutions au service exclusif du clan Bongo et du pouvoir.
Ce mouvement appelle à boycotter ou refuser les élections législatives, reprochant l’absence certaine de transparence du processus électoral et l’absence de prise en compte de leurs revendications. La démocratie suppose, en effet, des institutions fortes qui reflètent la pluralité des acteurs de l’expression démocratique gabonaise. Les principaux partis d’opposition, le MESP de Mwang Mbanding, la majorité des cadres de l’UPG dont le leader Pierre Mamboundou vient de décéder, et les candidats de l’Union National – parti interdit et dirigé par Mba Obame – refusent de se prêter au jeu de ces élections.
Face à ces mouvements sociaux et politiques, Ali Bongo et son gouvernement refusent tout dialogue, font pression sur les individus et les partis d’opposition, n’hésitent pas à licencier des fonctionnaires, et utilisent la répression policière et militaire – comme ce fut le cas à Port-Gentil en septembre 2009, en contestation du résultat officiel des élections, où de nombreux morts ont été dénombrés[2].
Le gouvernement français avait légitimé l’élection d’Ali Bongo en août 2009 en reconnaissant le prétendu vainqueur. Le secrétaire d’Etat à la Coopération de l’époque, Alain Joyandet, avait repris le 15 octobre 2009 à Libreville l’affirmation selon laquelle « le déroulement du scrutin comportait certes quelques faiblesses, mais en tout état de cause, ça ne pouvait pas remettre en cause la validité dudit scrutin ». L’exécutif français poursuit depuis d’excellentes relations avec le gouvernement gabonais, comme l’illustrent diverses visites d’Ali Bongo à l’Elysée ou du Président de la République et du Premier Ministre français au Gabon. Ces relations sont de plus marquées par les très lourds soupçons de financement occulte alimentés par les déclarations récentes de Messieurs Bourgi, Bonnecorse et Jocktane, par les pressions politiques sur l’affaire judiciaire des Biens Mal Acquis, ou encore par le refus injustifiable de laisser entrer sur le territoire français un militant d’ATTAC Gabon pourtant détenteur d’un visa, juste au moment d’une tournée en Europe d’Ali Bongo, fin octobre. Il faut dire que le gouvernement français actuel ne cache pas l’importance stratégique de sa relation avec le Gabon, notamment sur le plan militaire, puisque le pays est le « premier point d’ancrage de nos forces pré-positionnées sur la façade atlantique du continent », comme l’indique sans ambages le site internet du Ministère des Affaires Étrangères.
A l’heure où les révolutions en Tunisie, en Egypte ou en Syrie montrent qu’il n’est plus possible de soutenir des dictateurs contre leur peuple, et où votre gouvernement dit s’engager pour la démocratie, les droits humains et la transparence des élections comme gage de démocratie, nous vous demandons d’être cohérent entre vos déclarations et vos actes, et de cesser de bafouer ces principes lorsqu’il s’agit des pays issus des anciennes colonies françaises d’Afrique.
Monsieur le Ministre, vous devez opérer un réel changement dans votre politique vis-à-vis du Gabon. La France ne doit pas freiner les changements politiques en cours chez ses alliés, au moment où des peuples essaient de conquérir leur démocratie.
Nous invitons la diplomatie française à cesser de cautionner le régime actuellement en place au Gabon, notamment en cessant de valoriser son rôle au niveau international ou aux Nations Unies, et à interpeller Ali Bongo et son gouvernement sur la situation de la démocratie au Gabon. Nous vous demandons notamment de faire savoir votre préoccupation concernant la tenue d’élections législatives préparées sans transparence et sans respect des engagements pourtant pris par l’Etat lui-même vis-à-vis des diverses composantes politiques et de la société civile en mai 2011.
Il nous semble primordial que la diplomatie française, qui se dit sensible aux aspirations des peuples, prenne publiquement ses distances avec Ali Bongo tant que n’auront pas été organisées des élections reconnues comme libres et transparentes par les diverses composantes sociales et politiques gabonaises, dont, notamment, le mouvement « Ca suffit comme ça! ».
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de notre considération.
Pour l’association Survie,
Thomas Borrel, vice-président.
[1] C’est le cas des député Paulette Oyane Ondo et Jean Christophe Owono, suspendus du parti présidentiel suite à ces prises de position.
[2] Trois morts, selon le parti au pouvoir ; 22 selon le journal « L’Union », réputé proche du pouvoir ; 57 selon l’opposition »